Les failles de la concurrence

Frais commerciaux élevés, instabilité des prix, sur ou sous-investissement, concentrations..., la concurrence a beaucoup de défauts.

Electricité, téléphonie, assurance maladie..., on pourrait multiplier les exemples : la  « vrai e » concurrence, celle qui, dans les manuels d'économie, oppose sur un même marché une multitudes d'offreurs proposant les mêmes produits ou les mêmes services, est de plus en plus coûteuse et inadaptée à la bonne marche de nos économies développées et complexes

Tout d'abord, la concurrence oblige les entreprises à multiplier les points de vente, les emplois commerciaux et les dépenses de publicité sur un même territoire. Le cas de l'assurance maladie fournit un excellent exemple : quand il y a monopole, comme c'est le cas actuellement en France, la gestion de l'assurance maladie coûte 4 % du volume des frais gérés. Si elle devait être prise en charge par des assurances privées en concurrence, comme aux Etats-Unis, il faudrait en dépenser probablement trois fois plus. Et cet exemple est loin d'être isolé : France Télécom affiche des frais commerciaux et administratifs qui représentent plus du quart de son chiffre d'affaires, dont plus d'un milliard d'euros pour la publicité et le sponsoring : l'explosion de la pub dans le domaine des télécommunications a été spectaculaire depuis la libéralisation.

La concurrence implique également de doublonner les investissements. Et notamment les investissements immatériels en matière de recherche et développement, de marketing, etc. Lors de son offre publique d'achat (OPA) sur Aventis, Sanofi soulignait lourdement (et maladroitement) l'intérêt de rapprocher les équipes de recherche des deux groupes. Les géants de la pharmacie exagèrent probablement lorsqu'ils affirment que la mise au point d'un médicament nécessite un investissement de 800 millions de dollars. Mais il ne fait pas de doute que les contraintes réglementaires importantes qui se sont (à juste titre) rajoutées ces dernières années, en termes d'essais avant la mise sur le marché, pèsent lourd sur une industrie où la fabrication des boîtes et des pilules ne représente plus qu'une toute petite fraction des coûts.

Les coûts fixes l'emportent

Un cas de figure représentatif d'un changement plus général : la plupart des activités économiques répondent aujourd'hui à un modèle économique dit à coûts fixes. Avant de vendre quoi que ce soit, il faut avoir investi des millions d'euros en machines ou en matière grise. Et par rapport à ces coûts fixes, les coûts dits variables ou marginaux (ceux qui sont directement associés à une transaction particulière) ne représentent plus grand-chose. Ce modèle est aussi celui des systèmes en réseau, comme la distribution d'électricité et d'eau, les télécommunications et, plus généralement, toutes les activités liées à la communication (sites Internet, journaux, radios, télés...). Dans toutes ces activités, seuls les coûts de structures comptent et chaque transaction particulière ne coûte presque rien. D'où, par exemple, les discussions sans fin sur le « vrai » coût d'un SMS : quelle part des coûts d'infrastructures est-il légitime d'affecter à chaque SMS ? Une question très difficile à trancher...

Plus un marché entre dans une logique de coûts fixes, moins la concurrence traditionnelle est un moyen efficace de le réguler. []

C'est ce qu'on a constaté par exemple dans le transport aérien pour certaines liaisons, jusqu'à ce que les nouveaux entrants (Air liberté, Air littoral, etc.) fassent faillite. C'est aussi probablement ce qui est en train de se passer sur le marché de l'ADSL en France, où les nouveaux entrants cassent les prix dans des conditions qui font douter qu'ils soient jamais capables de gagner de l'argent. Un processus qui conduit les secteurs libéralisés à se concentrer rapidement pour être dominés de nouveau par un oligopole (privé cette fois-ci). []

Alternatives économiques, n° 227 (07/2004), Page 11, Guillaume Duval, Marc Chevallier.

 

 

marjorie.galy@wanadoo.fr